Voyage à Montségur  -   Didier Cambon Info

 

Ce matin-là, le ciel est nuageux. Après le petit déjeuner, le patron de l’hôtel leur indique le chemin sur la carte. Il leur souhaite une bonne journée. « A ce soir, Monsieur et... », il hésite, monsieur et madame semble ne pas convenir. C’est rare qu’un hôtelier ne devine pas. Elle est mince, un peu plus grande que lui, et son attitude a quelque chose de lent qui la rend à la fois sensuelle et attentive, comme si elle regardait le monde du plus profond d’une vigilance intérieure.

Ils prennent la route en voiture dans la gaieté d’une journée de vacances. Vingt kilomètres plus loin, les panneaux indiquent Château de Puylaurens. Ils l’ont visité hier, une de ces citadelles du vertige qui jalonnent la frontière avec l’Aragon dans ce pays cathare qu’ils parcourent depuis une semaine. Aujourd’hui, ils ont décidé de pousser plus loin, en dehors du département. Ce voyage n’était pas prévu dans leur programme initial, mais ils sont attirés par ce lieu magnétique où se cristallise toute l’histoire de la région.
Il y a peu de touristes aujourd’hui. Après une trentaine de kilomètres, la pluie commence. Elle arrête la musique dans la voiture pour mieux entendre, quoi au juste ? Pluie, moteur, essuie-glaces. Le murmure de la route de plus en plus sinueuse, qui monte dans les nuages bas.

— On prend un café ? suggère-t-il pour rompre le silence, « j’aimerais beaucoup que tu réfléchisses encore, tu n’es pas à une semaine près. »
Un sourire en guise de réponse.

— « Nous arrivons, c’est là-bas ! » dit-elle, ravie. 
Arrivés sur le parking désert, la pluie s’arrête en signe de bienvenue. Ils descendent de voiture et cherchent du regard le sommet de la colline caché dans les nuages.
— « On y va ? »

Le sol est détrempé, elle regrette d’avoir pris ses sandalettes. Il fouille dans le sac, sort des chaussettes, les lui tend.

Ils commencent l’ascension sur un chemin caillouteux et ruisselant. Après une centaine de mètres, ils s’arrêtent devant une stèle en pierre surmontée d’une croix. L’inscription est encore très nette « Aux cathares, aux martyrs du pur amour chrétien ». Il y a des bouquets séchés et des fleurs fanées au pied de la croix. Sur un monument historique, d’habitude, les visiteurs ne déposent pas de fleurs.

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Ce matin-là, le ciel est nuageux. Après le petit déjeuner, le patron de l’hôtel leur indique le chemin sur la carte. Il leur souhaite une bonne journée. « A ce soir, Monsieur et... », il hésite, monsieur et madame semble ne pas convenir. C’est rare qu’un hôtelier ne devine pas. Elle est mince, un peu plus grande que lui, et son attitude a quelque chose de lent qui la rend à la fois sensuelle et attentive, comme si elle regardait le monde du plus profond d’une vigilance intérieure.

Ils prennent la route en voiture dans la gaieté d’une journée de vacances. Vingt kilomètres plus loin, les panneaux indiquent Château de Puylaurens. Ils l’ont visité hier, une de ces citadelles du vertige qui jalonnent la frontière avec l’Aragon dans ce pays cathare qu’ils parcourent depuis une semaine. Aujourd’hui, ils ont décidé de pousser plus loin, en dehors du département. Ce voyage n’était pas prévu dans leur programme initial, mais ils sont attirés par ce lieu magnétique où se cristallise toute l’histoire de la région.
Il y a peu de touristes aujourd’hui. Après une trentaine de kilomètres, la pluie commence. Elle arrête la musique dans la voiture pour mieux entendre, quoi au juste ? Pluie, moteur, essuie-glaces. Le murmure de la route de plus en plus sinueuse, qui monte dans les nuages bas.

— On prend un café ? suggère-t-il pour rompre le silence, « j’aimerais beaucoup que tu réfléchisses encore, tu n’es pas à une semaine près. »
Un sourire en guise de réponse.

— « Nous arrivons, c’est là-bas ! » dit-elle, ravie. 
Arrivés sur le parking désert, la pluie s’arrête en signe de bienvenue. Ils descendent de voiture et cherchent du regard le sommet de la colline caché dans les nuages.
— « On y va ? »

Le sol est détrempé, elle regrette d’avoir pris ses sandalettes. Il fouille dans le sac, sort des chaussettes, les lui tend.

Ils commencent l’ascension sur un chemin caillouteux et ruisselant. Après une centaine de mètres, ils s’arrêtent devant une stèle en pierre surmontée d’une croix. L’inscription est encore très nette « Aux cathares, aux martyrs du pur amour chrétien ». Il y a des bouquets séchés et des fleurs fanées au pied de la croix. Sur un monument historique, d’habitude, les visiteurs ne déposent pas de fleurs.

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