Le surveillange  -   Pierre-Olivier Fineltin Info

 

La porte du dortoir s’ouvre. Le chef Couët crie mon nom. Ça y est, mon premier jour de travail ! Je sors.
“ Tu es affecté au contrôle. Pas de blague, hein ! Les nouveaux, je les ai à l’œil.

— Bien Monsieur. ”

Nous traversons le couloir et entrons dans la salle de contrôle. Le plafond en verre dépoli laisse passer une lumière vive et blanche. La pièce est immense, je ne parviens pas à en distinguer le fond. Les bureaux sont séparés par des intervalles identiques. Couët m’entraîne. Nous marchons longtemps dans le silence. Parfois quelqu’un frappe son clavier. Le crépitement est court. Couët sursaute et reprend sa marche avec un regard noir. Il aime que rien ne change.

Enfin, nous arrivons à ce qui sera mon bureau pour toute ma carrière. Il ressemble à tous les autres. Net et bien rangé, comme les autres. Au milieu, se dresse le viseur binoculaire. Le clavier mécanique, tout neuf, brille de toutes ses touches. Je m’assois. Pendant que je règle mon siège, le chef regarde son chronomètre en grommelant. J’arrondis mon dos et place mes yeux sur les œilletons. Je corrige la netteté pour suivre les lignes du Livre qui se déroulent sur la partie basse du viseur. C’est parti. Sur les deux tiers du haut, je surveille mon Terrien. Puisque tout est écrit et qu’il a du libre-arbitre, il faut bien vérifier. A ma droite, j’entends Nerduel soupirer. Parfois, il lui échappe à mi-voix : “ Mais quel con ! Non mais quel con ! ” Et le cliquetis du clavier annonce la correction.

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La porte du dortoir s’ouvre. Le chef Couët crie mon nom. Ça y est, mon premier jour de travail ! Je sors.
“ Tu es affecté au contrôle. Pas de blague, hein ! Les nouveaux, je les ai à l’œil.

— Bien Monsieur. ”

Nous traversons le couloir et entrons dans la salle de contrôle. Le plafond en verre dépoli laisse passer une lumière vive et blanche. La pièce est immense, je ne parviens pas à en distinguer le fond. Les bureaux sont séparés par des intervalles identiques. Couët m’entraîne. Nous marchons longtemps dans le silence. Parfois quelqu’un frappe son clavier. Le crépitement est court. Couët sursaute et reprend sa marche avec un regard noir. Il aime que rien ne change.

Enfin, nous arrivons à ce qui sera mon bureau pour toute ma carrière. Il ressemble à tous les autres. Net et bien rangé, comme les autres. Au milieu, se dresse le viseur binoculaire. Le clavier mécanique, tout neuf, brille de toutes ses touches. Je m’assois. Pendant que je règle mon siège, le chef regarde son chronomètre en grommelant. J’arrondis mon dos et place mes yeux sur les œilletons. Je corrige la netteté pour suivre les lignes du Livre qui se déroulent sur la partie basse du viseur. C’est parti. Sur les deux tiers du haut, je surveille mon Terrien. Puisque tout est écrit et qu’il a du libre-arbitre, il faut bien vérifier. A ma droite, j’entends Nerduel soupirer. Parfois, il lui échappe à mi-voix : “ Mais quel con ! Non mais quel con ! ” Et le cliquetis du clavier annonce la correction.

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