L’autoroute  -   Pierre-Olivier Fineltin Info

 

Valérie range rapidement son bureau. Pas seulement parce qu’on est vendredi soir, surtout parce que Thierry a appelé. Il lui a demandé d’être prête à dix-huit heures, en bas de l’immeuble. Une surprise. Elle l’aime bien Thierry. Ca fait quatre mois qu’ils vivent ensemble. Valérie trouve que leur relation s’approfondit au fur et à mesure. Pourtant quelque chose la retient. Thierry est un grand gosse, un post-ado qui atteint la trentaine. Elle lui a proposé de partager un appartement : la vie à deux responsabilise. Il a accepté. Ils ont vécu dans les limbes joyeux des débuts amoureux. Maintenant, les routines monotones se faufilent dans leur intimité. Rien de grave. Juste une lente usure. Mais chaque seconde érode un peu plus les montagnes. Thierry doit l’avoir compris aussi. Quelle peut être la surprise ? Les dossiers sont empilés. Les stylos sont rangés dans le tiroir, ordinateur et lampe éteints.
« Bonsoir à tous ! lance-t-elle en refermant son bureau.
— Salut, répondent les accros des cinquante-cinq heures par semaine.
— Tu pars en week ? demande Nadia en s’approchant.
— Je ne sais pas, c’est une surprise. » répond joyeusement Valérie.

Elle se mord les lèvres en voyant l’air attristé de Nadia qui aimerait qu’on lui propose des surprises. Un peu gênée, Valérie murmure un mot d’adieu et descend. A peine est-elle dans la rue qu’elle aperçoit l’appel de phares : Thierry et sa vieille voiture ! Il y tient à sa guimbarde avec ses rayures et sa peinture fanée. Elle évoque pour lui, sans doute, la liberté d’aller et venir sans aucune contrainte. Valérie sourit : le jour où il changera de voiture, il aura changé, leur relation aussi.
« Alors, cette surprise ? demande la jeune femme.
— Le prince charmant t’emmène dans son château.
— Sur son blanc destrier ?
— Dans sa carriole fatiguée, tirée par deux chevaux poussifs.
— Où est-il le château ?
— Cela te sera révélé plus tard.
— Et ma robe de bal ?
— J’ai pris quelques-unes de tes affaires. Sans choisir. »

Elle ne le croit pas. Il a sûrement choisi, avec soin, des vêtements qu’elle n’aurait jamais emportés, mais c’est gentil. Ils quittent Paris par le sud.

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Valérie range rapidement son bureau. Pas seulement parce qu’on est vendredi soir, surtout parce que Thierry a appelé. Il lui a demandé d’être prête à dix-huit heures, en bas de l’immeuble. Une surprise. Elle l’aime bien Thierry. Ca fait quatre mois qu’ils vivent ensemble. Valérie trouve que leur relation s’approfondit au fur et à mesure. Pourtant quelque chose la retient. Thierry est un grand gosse, un post-ado qui atteint la trentaine. Elle lui a proposé de partager un appartement : la vie à deux responsabilise. Il a accepté. Ils ont vécu dans les limbes joyeux des débuts amoureux. Maintenant, les routines monotones se faufilent dans leur intimité. Rien de grave. Juste une lente usure. Mais chaque seconde érode un peu plus les montagnes. Thierry doit l’avoir compris aussi. Quelle peut être la surprise ? Les dossiers sont empilés. Les stylos sont rangés dans le tiroir, ordinateur et lampe éteints.
« Bonsoir à tous ! lance-t-elle en refermant son bureau.
— Salut, répondent les accros des cinquante-cinq heures par semaine.
— Tu pars en week ? demande Nadia en s’approchant.
— Je ne sais pas, c’est une surprise. » répond joyeusement Valérie.

Elle se mord les lèvres en voyant l’air attristé de Nadia qui aimerait qu’on lui propose des surprises. Un peu gênée, Valérie murmure un mot d’adieu et descend. A peine est-elle dans la rue qu’elle aperçoit l’appel de phares : Thierry et sa vieille voiture ! Il y tient à sa guimbarde avec ses rayures et sa peinture fanée. Elle évoque pour lui, sans doute, la liberté d’aller et venir sans aucune contrainte. Valérie sourit : le jour où il changera de voiture, il aura changé, leur relation aussi.
« Alors, cette surprise ? demande la jeune femme.
— Le prince charmant t’emmène dans son château.
— Sur son blanc destrier ?
— Dans sa carriole fatiguée, tirée par deux chevaux poussifs.
— Où est-il le château ?
— Cela te sera révélé plus tard.
— Et ma robe de bal ?
— J’ai pris quelques-unes de tes affaires. Sans choisir. »

Elle ne le croit pas. Il a sûrement choisi, avec soin, des vêtements qu’elle n’aurait jamais emportés, mais c’est gentil. Ils quittent Paris par le sud.

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