La dame du parc  -   Martine Papiernik Info

 

Il était content d’être là, malgré la difficulté qu’il éprouvait encore à marcher avec des béquilles. Il se sentait particulièrement bien ce matin. Il avait fini par considérer la situation avec tranquillité, et éprouvait même une certaine euphorie quand il réfléchissait à la chance qu’il avait eue. Il avait été blessé à la jambe lors de la fusillade, mais il aurait aussi bien pu y perdre la vie. Cet accident lui valait un congé et la recommandation du chirurgien de marcher chaque matin dans les allées du parc. Il n’avait pas fait cela depuis le temps où il traversait le jardin pour se rendre au lycée. Le temps était beau et frais, et le commissaire Denis Templon était assis sur un banc, regardant le paysage depuis l’esplanade qui s’étendait devant le château.

L’espace était encadré par quatre statues monumentales en pierre. A droite, deux hommes magnifiques, la barbe courte, les cheveux bouclés, nus, muscles tendus et sexe masqué. L’un d’eux tenait un petit enfant allongé dans ses bras. On était plus habitué aux vierges à l’enfant, et cette image qui était à la fois virile et tendre paraissait inhabituelle pour l’époque où elle avait été créée. Leur faisant face, deux statues de femmes dans une attitude hiératique, superbement nues elles aussi, des seins menus d’adolescentes, mais le corps un peu massif, les hanches et les fesses rondes. Elles gardaient l’entrée de l’allée qui plongeait vers les cascades dont l’aspect n’avait pas changé depuis le siècle de Louis Quatorze. Assis là, Templon baignait dans une espèce d’euphorie a minima, sans excitation, juste un bien être un peu béat.

Il n’y avait personne à cette heure sur l’esplanade du château, mais malgré son état second, Templon entendait venir l’homme sur sa droite. Celui—ci avait descendu les marches, et il le voyait de trois quarts. Un homme âgé, encore droit comme un I, sans canne, qui marchait d’un pas vif, comme pressé d’en finir avec une tâche urgente. Curieusement il tenait une rose d’un rouge profond dans la main gauche.
« Il a l’âge que mon père aurait maintenant pensa Templon ». Sorti de ses songes, il s’était levé et suivait l’homme à la rose. Celui—ci marchait plus vite, et se trouvait près de la femme de pierre qui gardait le côté droit de l’allée.

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Il était content d’être là, malgré la difficulté qu’il éprouvait encore à marcher avec des béquilles. Il se sentait particulièrement bien ce matin. Il avait fini par considérer la situation avec tranquillité, et éprouvait même une certaine euphorie quand il réfléchissait à la chance qu’il avait eue. Il avait été blessé à la jambe lors de la fusillade, mais il aurait aussi bien pu y perdre la vie. Cet accident lui valait un congé et la recommandation du chirurgien de marcher chaque matin dans les allées du parc. Il n’avait pas fait cela depuis le temps où il traversait le jardin pour se rendre au lycée. Le temps était beau et frais, et le commissaire Denis Templon était assis sur un banc, regardant le paysage depuis l’esplanade qui s’étendait devant le château.

L’espace était encadré par quatre statues monumentales en pierre. A droite, deux hommes magnifiques, la barbe courte, les cheveux bouclés, nus, muscles tendus et sexe masqué. L’un d’eux tenait un petit enfant allongé dans ses bras. On était plus habitué aux vierges à l’enfant, et cette image qui était à la fois virile et tendre paraissait inhabituelle pour l’époque où elle avait été créée. Leur faisant face, deux statues de femmes dans une attitude hiératique, superbement nues elles aussi, des seins menus d’adolescentes, mais le corps un peu massif, les hanches et les fesses rondes. Elles gardaient l’entrée de l’allée qui plongeait vers les cascades dont l’aspect n’avait pas changé depuis le siècle de Louis Quatorze. Assis là, Templon baignait dans une espèce d’euphorie a minima, sans excitation, juste un bien être un peu béat.

Il n’y avait personne à cette heure sur l’esplanade du château, mais malgré son état second, Templon entendait venir l’homme sur sa droite. Celui—ci avait descendu les marches, et il le voyait de trois quarts. Un homme âgé, encore droit comme un I, sans canne, qui marchait d’un pas vif, comme pressé d’en finir avec une tâche urgente. Curieusement il tenait une rose d’un rouge profond dans la main gauche.
« Il a l’âge que mon père aurait maintenant pensa Templon ». Sorti de ses songes, il s’était levé et suivait l’homme à la rose. Celui—ci marchait plus vite, et se trouvait près de la femme de pierre qui gardait le côté droit de l’allée.

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