Soeurs  -   Prune Roussillon Info

 

Sœurs

I

Si un jour vous êtes amenés à pénétrer notre maison vous serez sûrement frappés par le nombre incroyable de photos.
Sur chacune d’elles vous pourrez voir deux petites filles. Une blonde et une brune. Elles se ressemblent comme deux gouttes d’eau, font à peu près la même taille et ont les mêmes amis. Elles ne sont pas jumelles, simplement sœurs.

En regardant ces mêmes photos, vous devinerez également que la brune est plus gracieuse et plus féminine que la blonde. Que la blonde est plus extravertie mais que l’une sans l’autre, elles ne vont nulle part.

Elles sont très nombreuses ces photos. Elles envahissent les murs, comme le lierre sur les bâtisses anciennes. Dissimulant avec elles toutes les ruines du passé.
Notre maison, elle, n’est pas du tout ancienne. Nous vivons dans un quartier résidentiel en dehors de Paris, qui ressemble pas mal à ceux que l’on voit dans les films américains. Une longue avenue où toutes les maisons sont identiques. En tout, il existe cent quarante-huit numéros et pas vraiment de raisons pour que nous sortions du lot.
C’est au numéro quarante-sept que vivent les sœurs Dubreilles. Elles sont belles, intelligentes, rayonnantes et indissociables.
Toutes sortes de surnoms leur conviendraient. "Tic et Tac" revient le plus souvent. Même si les "petites filles modèles" ont aussi eu leur petit succès.
Jade et Iris. Iris et Jade. Ce serait exagéré de dire que nous n’allons jamais nulle part l’une sans l’autre. Parce que c’est faux. Je vais de temps en temps chercher le pain toute seule. Je vous taquine. Nous avons un an d’écart, ce qui fait que nous ne nous fréquentons pas vraiment à l’école.
Moi je suis la cadette. La petite blonde. Je joue au foot, suis un peu garçon manqué et n’aime pas trop les prises de tête. C’est sûrement parce que je vis dans un monde simple, avec une famille heureuse. Mon ami Anton dit que je vis dans une bulle, loin des tracas de l’extérieur. Je ne suis pas très sérieuse en classe et j’ai tendance à dire tout ce qui me passe par la tête. Je suis l’opposée de ma sœur. Si on formait une rose je serais les épines et elle les pétales. Elle est douce, posée et sérieuse dans ses études.
Il n’y a personne au monde que je n’aime plus qu’elle. En fait sans elle je ne serais même pas là. Je suis née sans reins. Enfin ils ne fonctionnaient pas. Alors c’est ma sœur du haut de ses dix-huit mois qui m’en a donné un. Nous avons, l’une comme l’autre, toujours aimé l’idée qu’elle était une partie de moi.

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Sœurs

I

Si un jour vous êtes amenés à pénétrer notre maison vous serez sûrement frappés par le nombre incroyable de photos.
Sur chacune d’elles vous pourrez voir deux petites filles. Une blonde et une brune. Elles se ressemblent comme deux gouttes d’eau, font à peu près la même taille et ont les mêmes amis. Elles ne sont pas jumelles, simplement sœurs.

En regardant ces mêmes photos, vous devinerez également que la brune est plus gracieuse et plus féminine que la blonde. Que la blonde est plus extravertie mais que l’une sans l’autre, elles ne vont nulle part.

Elles sont très nombreuses ces photos. Elles envahissent les murs, comme le lierre sur les bâtisses anciennes. Dissimulant avec elles toutes les ruines du passé.
Notre maison, elle, n’est pas du tout ancienne. Nous vivons dans un quartier résidentiel en dehors de Paris, qui ressemble pas mal à ceux que l’on voit dans les films américains. Une longue avenue où toutes les maisons sont identiques. En tout, il existe cent quarante-huit numéros et pas vraiment de raisons pour que nous sortions du lot.
C’est au numéro quarante-sept que vivent les sœurs Dubreilles. Elles sont belles, intelligentes, rayonnantes et indissociables.
Toutes sortes de surnoms leur conviendraient. "Tic et Tac" revient le plus souvent. Même si les "petites filles modèles" ont aussi eu leur petit succès.
Jade et Iris. Iris et Jade. Ce serait exagéré de dire que nous n’allons jamais nulle part l’une sans l’autre. Parce que c’est faux. Je vais de temps en temps chercher le pain toute seule. Je vous taquine. Nous avons un an d’écart, ce qui fait que nous ne nous fréquentons pas vraiment à l’école.
Moi je suis la cadette. La petite blonde. Je joue au foot, suis un peu garçon manqué et n’aime pas trop les prises de tête. C’est sûrement parce que je vis dans un monde simple, avec une famille heureuse. Mon ami Anton dit que je vis dans une bulle, loin des tracas de l’extérieur. Je ne suis pas très sérieuse en classe et j’ai tendance à dire tout ce qui me passe par la tête. Je suis l’opposée de ma sœur. Si on formait une rose je serais les épines et elle les pétales. Elle est douce, posée et sérieuse dans ses études.
Il n’y a personne au monde que je n’aime plus qu’elle. En fait sans elle je ne serais même pas là. Je suis née sans reins. Enfin ils ne fonctionnaient pas. Alors c’est ma sœur du haut de ses dix-huit mois qui m’en a donné un. Nous avons, l’une comme l’autre, toujours aimé l’idée qu’elle était une partie de moi.

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