Broken Glass  -   Bastien Hauser Info

 

Broken Glass

Jane enfonça la porte d’un rire tonitruant et s’engouffra entre les tables hautes et les tabourets avec la détermination nécessaire à la tâche. Se fraya un passage jusqu’au bar entre les regards curieux. Il leur fallait plus à boire. Les cannettes de bière bon marché, toutes vides, s’alignaient déjà à leurs pieds, alors que la nuit était encore jeune, la lune encore haute dans le ciel et Jane pas assez ivre pour ramener Charlie chez elle. Oh bien sûr, elle savait que ça allait finir par arriver. Il fallait admettre que la lumière crue de la lune ne lui était pas favorable, elle faisait ressortir son teint rougeaud et l’épaisseur de son nez. Jane avait espéré que la lune disparaisse, que l’obscurité facilite la chose, mais elle avait dû se faire à l’idée. Pas ce soir, ce soir elle n’obtiendrait pas d’aide de qui que ce soit, elle était seule, alors il ne restait plus qu’à boire. Boire jusqu’à ce que les étoiles brillent sur ses joues. Que les néons tranchent sa vision de part en part, achevant des chefs-d’œuvre dans l’intimité de sa pupille. C’était les lumières de notre monde à nous, des artifices pour éclipser le firmament. Elle voyait déjà les lampadaires danser dans les flaques, rebondir sur les notes d’une valse, une de ces valses sur laquelle elle aussi avait dansé, autrefois, et sur laquelle dansaient maintenant les autres, et les yeux de Charlie changer de couleur à intervalles réguliers, mais il en fallait plus.

Elle l’avait laissé sur le banc. Il devait l’attendre là. Juste quelques instants, le temps qu’elle trouve un bar. Il lui fallait pour cela remonter deux blocs le long de la Marina avant de pouvoir s’engager sur Van Ness, où les rideaux rouges aux fenêtres crasseuses cachaient le repaire de ceux qui avait perdu au change, qui avait tout misé, rien gagné, alcooliques par principe. Il existe un certain avantage à boire par principe et non par nécessité. En effet, aucune justification n’est de mise, il suffit de porter la bouteille à ses lèvres et de boire la tristesse des hommes, parfois il semble qu’il n’y ait rien de mieux à faire.

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Broken Glass

Jane enfonça la porte d’un rire tonitruant et s’engouffra entre les tables hautes et les tabourets avec la détermination nécessaire à la tâche. Se fraya un passage jusqu’au bar entre les regards curieux. Il leur fallait plus à boire. Les cannettes de bière bon marché, toutes vides, s’alignaient déjà à leurs pieds, alors que la nuit était encore jeune, la lune encore haute dans le ciel et Jane pas assez ivre pour ramener Charlie chez elle. Oh bien sûr, elle savait que ça allait finir par arriver. Il fallait admettre que la lumière crue de la lune ne lui était pas favorable, elle faisait ressortir son teint rougeaud et l’épaisseur de son nez. Jane avait espéré que la lune disparaisse, que l’obscurité facilite la chose, mais elle avait dû se faire à l’idée. Pas ce soir, ce soir elle n’obtiendrait pas d’aide de qui que ce soit, elle était seule, alors il ne restait plus qu’à boire. Boire jusqu’à ce que les étoiles brillent sur ses joues. Que les néons tranchent sa vision de part en part, achevant des chefs-d’œuvre dans l’intimité de sa pupille. C’était les lumières de notre monde à nous, des artifices pour éclipser le firmament. Elle voyait déjà les lampadaires danser dans les flaques, rebondir sur les notes d’une valse, une de ces valses sur laquelle elle aussi avait dansé, autrefois, et sur laquelle dansaient maintenant les autres, et les yeux de Charlie changer de couleur à intervalles réguliers, mais il en fallait plus.

Elle l’avait laissé sur le banc. Il devait l’attendre là. Juste quelques instants, le temps qu’elle trouve un bar. Il lui fallait pour cela remonter deux blocs le long de la Marina avant de pouvoir s’engager sur Van Ness, où les rideaux rouges aux fenêtres crasseuses cachaient le repaire de ceux qui avait perdu au change, qui avait tout misé, rien gagné, alcooliques par principe. Il existe un certain avantage à boire par principe et non par nécessité. En effet, aucune justification n’est de mise, il suffit de porter la bouteille à ses lèvres et de boire la tristesse des hommes, parfois il semble qu’il n’y ait rien de mieux à faire.

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