Nobel sur Rhone  -   Martine Papiernik Info

 

PROLOGUE

Les bords du Rhône à cette heure de la nuit sont déserts. Le soir, l’endroit est inquiétant, bien que la nuit de cette fin de juin soit claire. Les genêts sauvages qui ont poussé à profusion sur la digue sont en pleine floraison et brillent dans le clair de lune. Le chemin emprunté le jour par des coureurs hystériques est maintenant le domaine des animaux nocturnes, survolé par quelques chauves-souris silencieuses. Les grenouilles se chargent du bruitage, envoyant des salves de roucoulements qui ricochent sur les eaux du fleuve. Au-dessus de la berge, de l’autre côté de la route, la tour de Philippe le Bel garde encore le chemin escarpé qui monte vers le fort Saint-André et la chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon. Sur l’autre rive du fleuve, on peut voir les lumières de la ville et le palais éclairé. Quelques animaux curieux se sont approchés de la forme allongée au milieu des genêts, à moitié cachée par les herbes et les fleurs sauvages que la tiédeur de l’été débutant n’a pas encore réussi à détruire. L’homme n’est pas mort depuis longtemps et sa chaleur le protège encore des prédateurs. Allongé sur le dos, les bras en croix, la bouche entrouverte en une expression incrédule, il semble dormir. Une tache de sang grosse comme une dragée dessine un point final sur sa chemise blanche.

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PROLOGUE

Les bords du Rhône à cette heure de la nuit sont déserts. Le soir, l’endroit est inquiétant, bien que la nuit de cette fin de juin soit claire. Les genêts sauvages qui ont poussé à profusion sur la digue sont en pleine floraison et brillent dans le clair de lune. Le chemin emprunté le jour par des coureurs hystériques est maintenant le domaine des animaux nocturnes, survolé par quelques chauves-souris silencieuses. Les grenouilles se chargent du bruitage, envoyant des salves de roucoulements qui ricochent sur les eaux du fleuve. Au-dessus de la berge, de l’autre côté de la route, la tour de Philippe le Bel garde encore le chemin escarpé qui monte vers le fort Saint-André et la chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon. Sur l’autre rive du fleuve, on peut voir les lumières de la ville et le palais éclairé. Quelques animaux curieux se sont approchés de la forme allongée au milieu des genêts, à moitié cachée par les herbes et les fleurs sauvages que la tiédeur de l’été débutant n’a pas encore réussi à détruire. L’homme n’est pas mort depuis longtemps et sa chaleur le protège encore des prédateurs. Allongé sur le dos, les bras en croix, la bouche entrouverte en une expression incrédule, il semble dormir. Une tache de sang grosse comme une dragée dessine un point final sur sa chemise blanche.

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