Entre ciel et plus haut  -   Jean-Baptiste Mechernane Info

 

C’était comme un sifflement vicieux, d’une précision redoutable, frottant discrètement les particules de la fatalité. Ça allait péter. C’était inéluctable. L’énergie allait être explosive. M’atomiser de son souffle. Cela pouvait également s’apparenter à un couperet affamé de chair. Et moi, les mains liées derrière le dos, je ne guettais plus la complicité du temps qui, par un je ne sais quel battement d’insecte, me prémunirait des coups ou du sort. Rien ne pouvait plus influencer les événements au point de les inverser. J’espérais simplement que la résignation me donnerait la force de fermer les yeux, de ne pas hurler, de ne pas écumer, de ne pas me souiller de peur, de ne pas me rendre coupable d’inceste sur ma propre image, de rester digne.

Je n’ai pas jeté de regard. J’ai tout conservé, tout préservé pour ne rien perdre. Je ne savais, ni ne pouvais savoir, ce qui me maintenait debout. Dans les vertiges qui rendaient troubles les contours, flottantes les fondations, inquiétantes ces perspectives devenues molles et incohérentes, j’ai saisi du regard une photo fixée au mur, si fort, que ma vue s’était brouillée. Dans le doute, je restais pétrifié, rassemblant toutes mes forces pour maintenir cette pose. Je ne voulais simplement pas m’effondrer. Bien entendu, j’ai fui le regard lumineux, brillant et humide de ma femme. J’ai fui sa présence incandescente. Son souffle brûlant m’effleurait. Sa détresse était un brasier. Je n’étais pas un fleuve. J’étais un arbre desséché. La toucher, c’était à coup sûr m’embraser, avalé et digéré par les flammes de sa douleur. Alors je l’ai fuie, tout simplement.

J’ai baissé le regard avec abnégation, très lentement. Mes paupières ont suivi le mouvement. Fermer les yeux pour jeter du lest. Fermer les yeux comme on tire le rideau sur la scène finale. Le silence était métallique, le verdict sans appel. « Votre fils… a un problème… Ses dysfonctions neuronales sont très lourdes… Il risque d’être… grabataire. Il vous appartient de prendre une décision… Je suis… désolé. »

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C’était comme un sifflement vicieux, d’une précision redoutable, frottant discrètement les particules de la fatalité. Ça allait péter. C’était inéluctable. L’énergie allait être explosive. M’atomiser de son souffle. Cela pouvait également s’apparenter à un couperet affamé de chair. Et moi, les mains liées derrière le dos, je ne guettais plus la complicité du temps qui, par un je ne sais quel battement d’insecte, me prémunirait des coups ou du sort. Rien ne pouvait plus influencer les événements au point de les inverser. J’espérais simplement que la résignation me donnerait la force de fermer les yeux, de ne pas hurler, de ne pas écumer, de ne pas me souiller de peur, de ne pas me rendre coupable d’inceste sur ma propre image, de rester digne.

Je n’ai pas jeté de regard. J’ai tout conservé, tout préservé pour ne rien perdre. Je ne savais, ni ne pouvais savoir, ce qui me maintenait debout. Dans les vertiges qui rendaient troubles les contours, flottantes les fondations, inquiétantes ces perspectives devenues molles et incohérentes, j’ai saisi du regard une photo fixée au mur, si fort, que ma vue s’était brouillée. Dans le doute, je restais pétrifié, rassemblant toutes mes forces pour maintenir cette pose. Je ne voulais simplement pas m’effondrer. Bien entendu, j’ai fui le regard lumineux, brillant et humide de ma femme. J’ai fui sa présence incandescente. Son souffle brûlant m’effleurait. Sa détresse était un brasier. Je n’étais pas un fleuve. J’étais un arbre desséché. La toucher, c’était à coup sûr m’embraser, avalé et digéré par les flammes de sa douleur. Alors je l’ai fuie, tout simplement.

J’ai baissé le regard avec abnégation, très lentement. Mes paupières ont suivi le mouvement. Fermer les yeux pour jeter du lest. Fermer les yeux comme on tire le rideau sur la scène finale. Le silence était métallique, le verdict sans appel. « Votre fils… a un problème… Ses dysfonctions neuronales sont très lourdes… Il risque d’être… grabataire. Il vous appartient de prendre une décision… Je suis… désolé. »

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