Streets of LOVE  -   André Kasper Info

 

C’était un jour de pluie. Lindsay rentrait des courses, des sacs en papier plein les bras, la permanente ruisselante, incertaine sur ses hauts talons dans cette petite rue de Greenwich Village, quand un sac se désagrégea et que son contenu se répandit sur le trottoir. Survint John, un prof en survet’ à peine plus âgé qu’elle, le cheveu mouillé mais le coup de peigne intact, qui interrompit son jogging pour l’aider à ramasser... Tous deux accroupis et souriants, recomposant contenus et contenants vers un petit miracle : ce qui débordait de quatre sacs tint fort bien dans les trois restants.
Au passage, leurs mains s’effleurèrent et leurs yeux se croisèrent. Un fond de musique douce n’aurait surpris personne.
— Hem, voilà. Mlle...
— Lindsay
— Enchanté, moi c’est John, sauvetage réussi, je crois !
— Oui John, je ne sais comment vous remercier...
— Nous pourrions prendre un café, en attendant la fin de l’averse.
— Oh oui, bonne idée !

Lindsay se souvint d’un couple, dans un appartement encombré dont les volumes s’avouaient à peine, éclairés seulement par les lueurs d’un crépuscule sans gloire, sans couleur. Assis à une table couverte de papiers, de livres, de vaisselle sale, de bouteilles et, comme un berceau dans les tableaux hollandais, d’un papier gras ouvert qui faisait un ovale blanc avec des morceaux de viande au milieu. Ces deux adultes ne parlaient pas. Lindsay ne reconnut pas leurs traits, mais la haine qui les soudait. Elle revint à sa marche, avec John à son côté.

Ils entrèrent dans un American Brunch, à l’angle du 117ème pâté de la 420ème Rue. Au bar, deux gros types à cheveux gras et casquette vidaient des cannettes, à une table des mémés buvaient le thé, à une autre une famille asiatique prenait le coca, plus loin un couple de noirs bien mis devisaient devant un café, dans un angle une tablée d’adolescents, les yeux baissés, les mains jointes autour de leur sandwiche, semblaient prier. Il n’y avait qu’une table de libre.

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C’était un jour de pluie. Lindsay rentrait des courses, des sacs en papier plein les bras, la permanente ruisselante, incertaine sur ses hauts talons dans cette petite rue de Greenwich Village, quand un sac se désagrégea et que son contenu se répandit sur le trottoir. Survint John, un prof en survet’ à peine plus âgé qu’elle, le cheveu mouillé mais le coup de peigne intact, qui interrompit son jogging pour l’aider à ramasser... Tous deux accroupis et souriants, recomposant contenus et contenants vers un petit miracle : ce qui débordait de quatre sacs tint fort bien dans les trois restants.
Au passage, leurs mains s’effleurèrent et leurs yeux se croisèrent. Un fond de musique douce n’aurait surpris personne.
— Hem, voilà. Mlle...
— Lindsay
— Enchanté, moi c’est John, sauvetage réussi, je crois !
— Oui John, je ne sais comment vous remercier...
— Nous pourrions prendre un café, en attendant la fin de l’averse.
— Oh oui, bonne idée !

Lindsay se souvint d’un couple, dans un appartement encombré dont les volumes s’avouaient à peine, éclairés seulement par les lueurs d’un crépuscule sans gloire, sans couleur. Assis à une table couverte de papiers, de livres, de vaisselle sale, de bouteilles et, comme un berceau dans les tableaux hollandais, d’un papier gras ouvert qui faisait un ovale blanc avec des morceaux de viande au milieu. Ces deux adultes ne parlaient pas. Lindsay ne reconnut pas leurs traits, mais la haine qui les soudait. Elle revint à sa marche, avec John à son côté.

Ils entrèrent dans un American Brunch, à l’angle du 117ème pâté de la 420ème Rue. Au bar, deux gros types à cheveux gras et casquette vidaient des cannettes, à une table des mémés buvaient le thé, à une autre une famille asiatique prenait le coca, plus loin un couple de noirs bien mis devisaient devant un café, dans un angle une tablée d’adolescents, les yeux baissés, les mains jointes autour de leur sandwiche, semblaient prier. Il n’y avait qu’une table de libre.

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