Papa Mobile  -   Jean-Baptiste Mechernane Info

 

Ce jour-là, il ne devait pas faire plus de 10 °C à l’intérieur. -7 °C dehors. C’était le chauffe-eau qui ne chauffait plus rien, ni l’eau, ni les radiateurs. Le plombier avait l’air gêné de ne rien pouvoir faire. Parce qu’il faisait froid et que, visiblement, il ne pouvait vraiment rien faire. J’avais bien envie de monter sur mes grands chevaux, d’exiger qu’il me remette le chauffage sur le champ, mais dans ce genre d’exercice, je n’ai aucune crédibilité et son regard sincèrement dépité étouffa tout espoir. Par souci professionnel certainement, il m’assomma de ses remarques techniques sur mon vase d’expansion, la pompe à eau, tout ce merdier rafistolé à la va-vite par mon propriétaire. « Ah ! Quel salaud ce propriétaire ! Il faut vous plaindre, Monsieur. » Pendant ce temps, je sentais comme une affreuse lassitude. Il me quitta, un peu rapidement j’ai trouvé, en murmurant des « désolé et bon courage » censés m’assurer de son entière compréhension. Son réconfort comme une couverture de survie.

En refermant la porte, je me confrontai à l’atmosphère de mon appartement, devenue singulière sans chauffage. Dans la cuisine — la pièce la plus grande —, le linge n’allait pas sécher et il ne me restait plus rien de propre à me mettre. Quant à la vaisselle, rien que l’idée de sentir l’eau gelée me ronger la peau me donnait envie de pleurer.

Je ne reconnaissais plus les odeurs, figées par le froid, lestées par l’humidité. Ça ne sentait pas mauvais à proprement parler. On avait juste la sensation que mon appartement s’enrhumait. Mon deux-pièces sentait la maladie. Je respirais son haleine avec la méfiance d’une infirmière dans un sanatorium. Avec quelques tricots de peau (comme disait ma mère), une chemise et un gros pull, je n’avais froid qu’au nez. Même mes mains conservaient une relative chaleur. Mais pour combien de temps ?
J’avais décidé de m’ébouillanter le gosier avec du thé, de me brûler les mains avec la tasse.

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Ce jour-là, il ne devait pas faire plus de 10 °C à l’intérieur. -7 °C dehors. C’était le chauffe-eau qui ne chauffait plus rien, ni l’eau, ni les radiateurs. Le plombier avait l’air gêné de ne rien pouvoir faire. Parce qu’il faisait froid et que, visiblement, il ne pouvait vraiment rien faire. J’avais bien envie de monter sur mes grands chevaux, d’exiger qu’il me remette le chauffage sur le champ, mais dans ce genre d’exercice, je n’ai aucune crédibilité et son regard sincèrement dépité étouffa tout espoir. Par souci professionnel certainement, il m’assomma de ses remarques techniques sur mon vase d’expansion, la pompe à eau, tout ce merdier rafistolé à la va-vite par mon propriétaire. « Ah ! Quel salaud ce propriétaire ! Il faut vous plaindre, Monsieur. » Pendant ce temps, je sentais comme une affreuse lassitude. Il me quitta, un peu rapidement j’ai trouvé, en murmurant des « désolé et bon courage » censés m’assurer de son entière compréhension. Son réconfort comme une couverture de survie.

En refermant la porte, je me confrontai à l’atmosphère de mon appartement, devenue singulière sans chauffage. Dans la cuisine — la pièce la plus grande —, le linge n’allait pas sécher et il ne me restait plus rien de propre à me mettre. Quant à la vaisselle, rien que l’idée de sentir l’eau gelée me ronger la peau me donnait envie de pleurer.

Je ne reconnaissais plus les odeurs, figées par le froid, lestées par l’humidité. Ça ne sentait pas mauvais à proprement parler. On avait juste la sensation que mon appartement s’enrhumait. Mon deux-pièces sentait la maladie. Je respirais son haleine avec la méfiance d’une infirmière dans un sanatorium. Avec quelques tricots de peau (comme disait ma mère), une chemise et un gros pull, je n’avais froid qu’au nez. Même mes mains conservaient une relative chaleur. Mais pour combien de temps ?
J’avais décidé de m’ébouillanter le gosier avec du thé, de me brûler les mains avec la tasse.

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