La crise et le spectacle de la crise  -   Christophe Gallaz Info

 

Un. Certains phénomènes sont advenus en rythme croissant dans le monde, qu’on a rangés sous l’appellation générique de crise. Ils ont induit une effective diminution du volume des affaires réalisées par les entreprises industrielles et de services, et se sont effectivement traduits, aussi, par des réductions du nombre d’emplois, l’allongement de la durée moyenne du chômage subi par ses victimes et souvent l’exil forcé d’une forte main-d’œuvre étrangère.

Deux. Conformément à leur habitude, nos sociétés ont immédiatement mis au point la représentation de cette circonstance objective. Un ensemble d’images s’est constitué par-dessus la crise réelle pour former, aux yeux du public, le spectacle de la crise. Puis ce spectacle, très spontanément, a rejoint les zones de diffusion médiatique réservées aux autres sortes de spectacle dont ce public est également friand — comme le spectacle de la culture, celui des sports, de la politique partisane ou des faits divers.

Trois. En s’établissant dans les zones de diffusion médiatique (expression par laquelle j’entends principalement la presse écrite et la télévision), le spectacle de la crise a rapidement trouvé son autonomie par rapport à la crise réelle. Il s’est déployé selon les lois typiques du genre, y faisant apparaître les protagonistes définis comme opportuns par leurs normes : tel ingénieur à succès, par exemple, ou les représentants des syndicats officiels. Ainsi l’exigence a-t-elle diminué, puis disparu, de montrer au public la crise réelle, ses causes réelles, ses conséquences réelles et ses victimes réelles dans leur malheur et leur impuissance réels. Tous ces matériaux se sont dissipés pour constituer, éloignés qu’ils étaient du spectacle de la crise, son prétexte virtuel.

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Un. Certains phénomènes sont advenus en rythme croissant dans le monde, qu’on a rangés sous l’appellation générique de crise. Ils ont induit une effective diminution du volume des affaires réalisées par les entreprises industrielles et de services, et se sont effectivement traduits, aussi, par des réductions du nombre d’emplois, l’allongement de la durée moyenne du chômage subi par ses victimes et souvent l’exil forcé d’une forte main-d’œuvre étrangère.

Deux. Conformément à leur habitude, nos sociétés ont immédiatement mis au point la représentation de cette circonstance objective. Un ensemble d’images s’est constitué par-dessus la crise réelle pour former, aux yeux du public, le spectacle de la crise. Puis ce spectacle, très spontanément, a rejoint les zones de diffusion médiatique réservées aux autres sortes de spectacle dont ce public est également friand — comme le spectacle de la culture, celui des sports, de la politique partisane ou des faits divers.

Trois. En s’établissant dans les zones de diffusion médiatique (expression par laquelle j’entends principalement la presse écrite et la télévision), le spectacle de la crise a rapidement trouvé son autonomie par rapport à la crise réelle. Il s’est déployé selon les lois typiques du genre, y faisant apparaître les protagonistes définis comme opportuns par leurs normes : tel ingénieur à succès, par exemple, ou les représentants des syndicats officiels. Ainsi l’exigence a-t-elle diminué, puis disparu, de montrer au public la crise réelle, ses causes réelles, ses conséquences réelles et ses victimes réelles dans leur malheur et leur impuissance réels. Tous ces matériaux se sont dissipés pour constituer, éloignés qu’ils étaient du spectacle de la crise, son prétexte virtuel.

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