Arles — Salon, les signes  -   Christophe Gallaz Info

 

Arles-Salon. La route est sèche et presque blanche. La température avoisine 40 °C. L’herbe est jaune sur les bordures et les feuillages bruissent comme une monnaie retournée sur elle-même. Le mouvement et la chaleur : le paysage se succède, le temps fond, l’Histoire se concentre et tu songes aux signes.

Quand on sillonne les routes départementales françaises infiniment bardées de panneaux commerçants, on se demande ce que signifiaient aux passants les paysages d’autrefois, vierges de toute inscription hors celles qui désignaient les tombes au cimetière. Il fallait décoder leur modelé topographique ou les changements de lumière et de vent qui les transformaient en permanence — d’où ces lectures élastiques, à vrai dire, que l’expérience du promeneur faisait profondément varier.

A mesure que les régions naturelles ont rétréci sous l’emprise des villes, le code indicateur et publicitaire a remplacé leurs vocabulaires originels par des placards manuscrits, imprimés ou peints, réinstaurant dans le maquis des quartiers et des rues l’angoisse foncière éprouvée dans la forêt immémoriale où le chemin à suivre ne cessait de se diversifier entre cent voies possibles, comme un sens émietté par ses différentes possibilités.

On distingue aujourd’hui partout, dans la France urbaine et provinciale, les strates et les cycles de cet empilement sémiologique. L’usure, l’évanouissement et le surenchérissement du langage s’exaltent sur les façades immobilières comme au bord des voies. Les réclames s’effritent sur le crépi des murs et le sceau des supermarchés appose sa typographie de verre et de néon par-dessus l’annonce périmée du garage ou de l’étude notariale, en de fastueuses superpositions du signe.

Or l’être humain, à ce stade de l’élaboration des lexiques publics, avance encore à pied. Son corps et par conséquent son regard arpentent assez lentement l’espace pour y réinventer d’eux-mêmes, dans la profusion confuse des indices, les renseignements qui leur sont nécessaires. Sur tel immeuble s’inscrit le passage des siècles ou l’exercice de telle pratique architecturale — et telle cité, comme Arles où tu vas et Salon d’où tu viens, formule sa vocation par son ordre ou sa mise en site : on déchiffre alors encore le déploiement des sociétés comme on explorait autrefois la géographie naturelle, à coups de repères semi-masqués et de déductions intuitives.

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Arles-Salon. La route est sèche et presque blanche. La température avoisine 40 °C. L’herbe est jaune sur les bordures et les feuillages bruissent comme une monnaie retournée sur elle-même. Le mouvement et la chaleur : le paysage se succède, le temps fond, l’Histoire se concentre et tu songes aux signes.

Quand on sillonne les routes départementales françaises infiniment bardées de panneaux commerçants, on se demande ce que signifiaient aux passants les paysages d’autrefois, vierges de toute inscription hors celles qui désignaient les tombes au cimetière. Il fallait décoder leur modelé topographique ou les changements de lumière et de vent qui les transformaient en permanence — d’où ces lectures élastiques, à vrai dire, que l’expérience du promeneur faisait profondément varier.

A mesure que les régions naturelles ont rétréci sous l’emprise des villes, le code indicateur et publicitaire a remplacé leurs vocabulaires originels par des placards manuscrits, imprimés ou peints, réinstaurant dans le maquis des quartiers et des rues l’angoisse foncière éprouvée dans la forêt immémoriale où le chemin à suivre ne cessait de se diversifier entre cent voies possibles, comme un sens émietté par ses différentes possibilités.

On distingue aujourd’hui partout, dans la France urbaine et provinciale, les strates et les cycles de cet empilement sémiologique. L’usure, l’évanouissement et le surenchérissement du langage s’exaltent sur les façades immobilières comme au bord des voies. Les réclames s’effritent sur le crépi des murs et le sceau des supermarchés appose sa typographie de verre et de néon par-dessus l’annonce périmée du garage ou de l’étude notariale, en de fastueuses superpositions du signe.

Or l’être humain, à ce stade de l’élaboration des lexiques publics, avance encore à pied. Son corps et par conséquent son regard arpentent assez lentement l’espace pour y réinventer d’eux-mêmes, dans la profusion confuse des indices, les renseignements qui leur sont nécessaires. Sur tel immeuble s’inscrit le passage des siècles ou l’exercice de telle pratique architecturale — et telle cité, comme Arles où tu vas et Salon d’où tu viens, formule sa vocation par son ordre ou sa mise en site : on déchiffre alors encore le déploiement des sociétés comme on explorait autrefois la géographie naturelle, à coups de repères semi-masqués et de déductions intuitives.

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