Chants du fascisme ordinaire  -   Christophe Gallaz Info

 

Cela commence par la difficulté de percevoir notre propre existence au gré de ses étapes successives et dans ses limites naturelles, par la peur que nous ne sachions la lire et nous rendre compte de son passage, par l’impossibilité d’être nous-mêmes et par conséquent de nous aimer tels que nous sommes, par la terreur de n’avoir pas de silhouette précise et distincte, par l’idée que nous ne sommes jamais vraiment regardés ni reconnus par quiconque, par le sentiment de n’être qu’un élément toujours égaré dans la foule urbaine et voyageuse, par la sensation d’être en voie de disparition perpétuelle parmi tous ceux qui nous entourent,

par le sentiment d’avoir perdu le fil de notre histoire personnelle, par l’impression de n’en connaître ni les étapes ni les progrès, par la sensation d’avoir oublié ce que valut notre naissance, par la crainte de n’avoir pas exploré tous les dédales de notre enfance et de notre adolescence, par le sentiment que le présent n’est lesté d’aucun poids susceptible d’ancrer notre conscience, par le pressentiment que notre mort adviendra dans l’anonymat de tout ce qui ne cesse de mourir sur les cinq continents de la planète,

par la difficulté de nous exprimer par le geste et le comportement, par la terreur de n’avoir rien à formuler, par la crainte de n’accoucher d’aucune pensée souveraine et autonome, par l’impossibilité de formuler le moindre discours qui n’ait déjà fait l’objet d’un précédent discours dans le déferlement des sociétés, par la certitude d’être trop stériles pour investir le canal toujours béant des systèmes de communication modernes,

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Cela commence par la difficulté de percevoir notre propre existence au gré de ses étapes successives et dans ses limites naturelles, par la peur que nous ne sachions la lire et nous rendre compte de son passage, par l’impossibilité d’être nous-mêmes et par conséquent de nous aimer tels que nous sommes, par la terreur de n’avoir pas de silhouette précise et distincte, par l’idée que nous ne sommes jamais vraiment regardés ni reconnus par quiconque, par le sentiment de n’être qu’un élément toujours égaré dans la foule urbaine et voyageuse, par la sensation d’être en voie de disparition perpétuelle parmi tous ceux qui nous entourent,

par le sentiment d’avoir perdu le fil de notre histoire personnelle, par l’impression de n’en connaître ni les étapes ni les progrès, par la sensation d’avoir oublié ce que valut notre naissance, par la crainte de n’avoir pas exploré tous les dédales de notre enfance et de notre adolescence, par le sentiment que le présent n’est lesté d’aucun poids susceptible d’ancrer notre conscience, par le pressentiment que notre mort adviendra dans l’anonymat de tout ce qui ne cesse de mourir sur les cinq continents de la planète,

par la difficulté de nous exprimer par le geste et le comportement, par la terreur de n’avoir rien à formuler, par la crainte de n’accoucher d’aucune pensée souveraine et autonome, par l’impossibilité de formuler le moindre discours qui n’ait déjà fait l’objet d’un précédent discours dans le déferlement des sociétés, par la certitude d’être trop stériles pour investir le canal toujours béant des systèmes de communication modernes,

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