Le cube à remonter les temps  -   Chem Assayag Info

 

Pourquoi n’avais-je pas attendu tranquillement lundi ? Je serais allé voir mon réparateur de la rue d’Aboukir qui aurait relancé le mécanisme de ma vieille Lip en un quart de temps... Mais non, je ne pouvais pas supporter de rester une minute sans montre et je me retrouvais maintenant en train d’arpenter le marché aux puces de la Porte de Clignancourt sous un soleil de plomb et de fort méchante humeur…

« Vous cherchez quelque chose, jeune homme ? »
Trop occupé à ruminer mes pensées, j’étais arrivé dans le coin des horlogers sans y prendre garde.
« Occupez-vous de vos affaires », pensai-je. « Une montre », répondis-je.
Il n’en fallut pas plus pour lancer le vieux marchand, moustache blanche et mine désagréable. Pendant que le vieil homme débitait son boniment d’une voix mécanique, je ne pus m’empêcher de loucher vers un bac où étaient entreposés de vieux instruments de marine : quadrants, boussoles, compas… Au milieu de ce fatras, un cube en métal à peine plus gros qu’une balle de tennis étincelait au soleil, semblant presque me faire des clins d’œil. Je n’avais jamais vu un tel objet : ses faces étaient recouvertes d’inscriptions étranges –- de l’hébreu, peut-être ? et il semblait avoir traversé les siècles.
— ça, mon bon ami, c’est une machine à remonter les temps dit le vendeur avec une lueur étrange dans les yeux.
— Et ça c’est un fusil laser, répondis-je en désignant mes lunettes de soleil.
— Ne vous moquez pas ! Je tiens cet objet d’un vieil ami. Un rabbin. Il me l’a confié sur son lit de mort en me promettant qu’il disait vrai. Cet homme-là, je le crois.
Sa voix s’était faite plus grave, presque ensorceleuse. Je l’écoutais attentivement, maintenant.
— Et ça marche ? demandai-je en essayant de paraître indifférent.
— Je vais vous faire la même réponse qu’Ephraïm m’avait faite en son temps : je suis bien trop peureux pour essayer. Et maintenant, pour des raisons que vous n’avez pas à connaître, je veux m’en débarrasser. Je vous le fais à 100 euros, conclut le marchand comme s’il discutait le prix d’une paire de chaussures. Pour 25 euros de plus je vous explique comment régler la date, et encore 25 pour le lieu où vous choisirez d’atterrir…

Voilà comment je me retrouvais dans le métro, le porte-monnaie vidé et un absurde cube de métal dans la poche. Du baratin, oui ! Et moi qui avais été assez stupide pour croire ce vieux fou…

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Pourquoi n’avais-je pas attendu tranquillement lundi ? Je serais allé voir mon réparateur de la rue d’Aboukir qui aurait relancé le mécanisme de ma vieille Lip en un quart de temps... Mais non, je ne pouvais pas supporter de rester une minute sans montre et je me retrouvais maintenant en train d’arpenter le marché aux puces de la Porte de Clignancourt sous un soleil de plomb et de fort méchante humeur…

« Vous cherchez quelque chose, jeune homme ? »
Trop occupé à ruminer mes pensées, j’étais arrivé dans le coin des horlogers sans y prendre garde.
« Occupez-vous de vos affaires », pensai-je. « Une montre », répondis-je.
Il n’en fallut pas plus pour lancer le vieux marchand, moustache blanche et mine désagréable. Pendant que le vieil homme débitait son boniment d’une voix mécanique, je ne pus m’empêcher de loucher vers un bac où étaient entreposés de vieux instruments de marine : quadrants, boussoles, compas… Au milieu de ce fatras, un cube en métal à peine plus gros qu’une balle de tennis étincelait au soleil, semblant presque me faire des clins d’œil. Je n’avais jamais vu un tel objet : ses faces étaient recouvertes d’inscriptions étranges –- de l’hébreu, peut-être ? et il semblait avoir traversé les siècles.
— ça, mon bon ami, c’est une machine à remonter les temps dit le vendeur avec une lueur étrange dans les yeux.
— Et ça c’est un fusil laser, répondis-je en désignant mes lunettes de soleil.
— Ne vous moquez pas ! Je tiens cet objet d’un vieil ami. Un rabbin. Il me l’a confié sur son lit de mort en me promettant qu’il disait vrai. Cet homme-là, je le crois.
Sa voix s’était faite plus grave, presque ensorceleuse. Je l’écoutais attentivement, maintenant.
— Et ça marche ? demandai-je en essayant de paraître indifférent.
— Je vais vous faire la même réponse qu’Ephraïm m’avait faite en son temps : je suis bien trop peureux pour essayer. Et maintenant, pour des raisons que vous n’avez pas à connaître, je veux m’en débarrasser. Je vous le fais à 100 euros, conclut le marchand comme s’il discutait le prix d’une paire de chaussures. Pour 25 euros de plus je vous explique comment régler la date, et encore 25 pour le lieu où vous choisirez d’atterrir…

Voilà comment je me retrouvais dans le métro, le porte-monnaie vidé et un absurde cube de métal dans la poche. Du baratin, oui ! Et moi qui avais été assez stupide pour croire ce vieux fou…

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