Alpha Jet  -   Emmanuelle Cart-Tanneur Info

 

Il est arrivé par le train de sept heures. Une nuit à rouler sur le ballast hurlant, à allumer des cigarettes qu’il balançait à peine consumées par la fenêtre ouverte. Un café vers six heures, à l’ouverture de la voiture-bar, un serveur mutique, tant mieux : aucune envie de parler. Et la bouche pâteuse de la nuit et du tabac.

Pas envie de penser non plus. Seule la lettre dans la poche de sa veste aurait pu lui rappeler ce qu’il faisait là. Pourquoi il allait là-bas. À cause de qui – de quoi. Il le savait. Trop bien. Il avait toujours su que ce jour viendrait.

À la gare, il a pris un taxi. Roulé une heure – la maison est loin de la ville. Il s’en souvient bien : exilé, c’est ainsi qu’il se sentait, quand les autres racontaient, le dimanche, leurs virées au cinéma ou dans les bars. Là-bas, pas de ciné, pas de bar. À peine une épicerie-buvette, où les vieux installaient leur QG dès le milieu de l’après-midi pour y rester jusqu’au soir, canon après canon. Triste ambition pour un gamin comme lui. Il n’en avait pas voulu. Avait-il eu tort d’avoir envie d’autre chose ?

Le taxi l’a déposé devant le monument aux morts. La buvette a fermé. Le rideau de fer rouille déjà par endroits. Une fenêtre grince à la maison voisine, un rideau s’écarte, se referme aussitôt. On sait déjà qu’il est revenu. Dans une heure tout le monde le saura. Mais peu lui importe. Il n’ira saluer personne Il n’est pas venu pour ça.

note : Pour recevoir le livre contenant cette nouvelle vous pouvez télécharger le bon de commande en cliquant ici ou cliquer sur "commander" en bas de ce texte pour un paiement en ligne.

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Il est arrivé par le train de sept heures. Une nuit à rouler sur le ballast hurlant, à allumer des cigarettes qu’il balançait à peine consumées par la fenêtre ouverte. Un café vers six heures, à l’ouverture de la voiture-bar, un serveur mutique, tant mieux : aucune envie de parler. Et la bouche pâteuse de la nuit et du tabac.

Pas envie de penser non plus. Seule la lettre dans la poche de sa veste aurait pu lui rappeler ce qu’il faisait là. Pourquoi il allait là-bas. À cause de qui – de quoi. Il le savait. Trop bien. Il avait toujours su que ce jour viendrait.

À la gare, il a pris un taxi. Roulé une heure – la maison est loin de la ville. Il s’en souvient bien : exilé, c’est ainsi qu’il se sentait, quand les autres racontaient, le dimanche, leurs virées au cinéma ou dans les bars. Là-bas, pas de ciné, pas de bar. À peine une épicerie-buvette, où les vieux installaient leur QG dès le milieu de l’après-midi pour y rester jusqu’au soir, canon après canon. Triste ambition pour un gamin comme lui. Il n’en avait pas voulu. Avait-il eu tort d’avoir envie d’autre chose ?

Le taxi l’a déposé devant le monument aux morts. La buvette a fermé. Le rideau de fer rouille déjà par endroits. Une fenêtre grince à la maison voisine, un rideau s’écarte, se referme aussitôt. On sait déjà qu’il est revenu. Dans une heure tout le monde le saura. Mais peu lui importe. Il n’ira saluer personne Il n’est pas venu pour ça.

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