Salade Tomate Oignon  -   Jean-Baptiste Mechernane Info

 

Je suis entré dans le kebab – peut-être le plus sale du quartier – comme on entre dans une vieille salle de cinéma porno. Un appétit vorace collant à mon estomac comme une merde de chien à une semelle ; des besoins, comme des pulsions fauves, plein les tripes. Des besoins qui ne nécessitent rien d’autres que d’être assouvis vite fait.

Bien fait, c’est une autre histoire. J’y suis entré comme un novice, pas comme un habitué qui aurait de l’allure, de l’aplomb, un parfait mépris du qu’en dira-t-on. Les épaules tombantes, j’ai poussé la porte comme on signe un armistice, comme on s’avoue vaincu, sans jeter un regard ni à droite, ni à gauche, certain que tout le quartier me fixait, un sourire moqueur aux lèvres. C’était pas le quartier. C’était plutôt ma conscience. J’ai franchi le seuil de ce foutu kebab en sachant que je n’apprécierai pas de m’asseoir dans ce lieu graisseux et sale, de bouffer cette pourriture de viande aux effluves de chien mouillé. Je savais que rien dans ce trou immonde ne saurait me satisfaire, m’élever, m’enrichir, me surprendre… me flatter. Flatter ? Encore eût-il fallu que mon ego se rappelât à mon bon souvenir.

Il y a encore quelque temps, je me laissais accoster par des démarcheurs d’ONG à la Bastille, à Odéon, à Châtelet, pour qu’ils me vendent un statut de donateur, pour que je devienne leur centre d’intérêt, dix minutes, un quart d’heure. Et quand ça ne me suffisait pas, je contactais le service clientèle de mon mobile, pour être reconnu, brossé dans le sens du poil, soigné, écouté ; pour avoir droit à du : « Passez une excellente journée Monsieur ». Entendre « Monsieur » et mourir. Non. Je n’y côtoierai que de la graisse épaisse et opaque, des moustachus rotant à la santé du Ciel, des ouvriers épuisés, des petites frappes bruyantes et fagotées en survêtements, convaincues de respecter leur religion parce que la viande est hallal, parce que le hallal c’est bien, le hallal c’est pas haram.

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Je suis entré dans le kebab – peut-être le plus sale du quartier – comme on entre dans une vieille salle de cinéma porno. Un appétit vorace collant à mon estomac comme une merde de chien à une semelle ; des besoins, comme des pulsions fauves, plein les tripes. Des besoins qui ne nécessitent rien d’autres que d’être assouvis vite fait.

Bien fait, c’est une autre histoire. J’y suis entré comme un novice, pas comme un habitué qui aurait de l’allure, de l’aplomb, un parfait mépris du qu’en dira-t-on. Les épaules tombantes, j’ai poussé la porte comme on signe un armistice, comme on s’avoue vaincu, sans jeter un regard ni à droite, ni à gauche, certain que tout le quartier me fixait, un sourire moqueur aux lèvres. C’était pas le quartier. C’était plutôt ma conscience. J’ai franchi le seuil de ce foutu kebab en sachant que je n’apprécierai pas de m’asseoir dans ce lieu graisseux et sale, de bouffer cette pourriture de viande aux effluves de chien mouillé. Je savais que rien dans ce trou immonde ne saurait me satisfaire, m’élever, m’enrichir, me surprendre… me flatter. Flatter ? Encore eût-il fallu que mon ego se rappelât à mon bon souvenir.

Il y a encore quelque temps, je me laissais accoster par des démarcheurs d’ONG à la Bastille, à Odéon, à Châtelet, pour qu’ils me vendent un statut de donateur, pour que je devienne leur centre d’intérêt, dix minutes, un quart d’heure. Et quand ça ne me suffisait pas, je contactais le service clientèle de mon mobile, pour être reconnu, brossé dans le sens du poil, soigné, écouté ; pour avoir droit à du : « Passez une excellente journée Monsieur ». Entendre « Monsieur » et mourir. Non. Je n’y côtoierai que de la graisse épaisse et opaque, des moustachus rotant à la santé du Ciel, des ouvriers épuisés, des petites frappes bruyantes et fagotées en survêtements, convaincues de respecter leur religion parce que la viande est hallal, parce que le hallal c’est bien, le hallal c’est pas haram.

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